samedi 22 mars 2008

Attention, week-end de Pâques !

Pour ceux qui auraient l'intention d'aller faire un tour au Louvre en ce week-end de Pâques qui s'annonce particulièrement mauvais, voilà à quoi ressemblait l'affluence dès vendredi matin ! Vous êtes prévenus, la saison est lancée. Le Louvre va-t-il franchir la barre des 9 millions de visiteurs cette année ? C'est possible... En tout cas, il devient difficile de trouver de bonnes conditions de visites dans cette Babel moderne. A noter: une très belle exposition sur "Babylone" justement. Dépêchez-vous d'aller la voir avant qu'elle soit blindée !

vendredi 15 février 2008

Le déni écologique

« La croyance dans la régulation des prix par le marché et la foi en la science et la technologie pour résoudre des problèmes « conjoncturels » d’accès à des ressources énergétiques bon marché constituent deux certitudes de la pensée libérale-productiviste, la plus communément partagée dans le monde d’aujourd’hui. La présentation de faits, de nombres, d’informations et de raisonnements qui les contredisent rigoureusement est rarement prise en considération par les gardiens de ces certitudes. Ceux-ci sont d’abord les économistes néoclassiques, qui règnent dans les universités et les médias, suivis par les chefs d’entreprise et la majorité des politiciens, deux groupes qui semblent devenir de plus en plus interchangeables, comme le montre la composition des gouvernements, et notamment les nominations au poste de ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie. Il est fait appel de façon croissante à des businessmen patentés pour prendre en charge ce ministère ou conseiller son occupant énarque. Réciproquement, les hauts politiciens retirés de la politique ou remerciés trouvent souvent de confortables replis dans quelque grande entreprise. Cet échangisme existe aussi au sein de la technocratie d’Etat (énarques, polytechniciens…), où il est banal de rejoindre le privé après des années de direction d’administration. Cette population est d’ailleurs remarquablement structurée, collectivement en groupes d’anciens élèves des grands corps, et individuellement en tant qu’esprit formés à l’organisation des personnes, des choses et des évènements. Formés à l’organisation, mais pas à l’observation. A la décision, mais pas à la science. L’histoire du changement climatique le montre à l’envi.
Alors que depuis plus de trente ans les scientifiques et les écologistes tentent d’alerter les milieux économiques et politiques sur les risques liés à l’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre, il a fallu attendre l’année 2005 pour que le modeste Protocole de Kyoto entre en vigueur – sans parler du temps qu’il faudra pour qu’il s’applique réellement- et que le gouvernement français rédige un indigent « plan climat ». Le problème et sa solution sont pourtant étonnamment simples à exposer : le gaz carbonique émis par la combustion des fossiles étant le principal contributeur au changement climatique , il est indispensable de réduire celle-ci. Ce qui n’est pas fait. Car la science, la réalité chimique de l’atmosphère se heurtent frontalement aux croyances productivistes de nos dirigeants économiques et politiques, qui y opposent un déni tenace . Elles se heurtent aussi aux habitudes les plus banales de milliards d’individus dont la vie quotidienne repose sur des produits carbonés, depuis le carburant pour la voiture jusqu’aux médicaments et aux vêtement synthétiques. Nos gouvernants n’ayant pas agi à temps, nous connaîtrons des épisodes géophysiques extrêmes de plus en plus meurtriers. Ce sont nos propres enfants que notre mode de vie matériel met en danger de mort, et non ces abstraites « générations futures » sans cesse évoquées par nos dirigeants, notion impersonnelles et floue qui leur permet de repousser toujours à plus tard les décisions politiques radicales qui devraient être prises. »

Yves Cochet, Pétrole Apocalypse, Fayard, 2005, p. 119-121.

mardi 5 février 2008

Ayez confiance !

Le cauchemar européen

Malaise dans la démocratie

« La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave. » Charles de Gaulle

Pour commencer, une petite devinette qui circule sur le Net :

« Le président A propose une nouvelle Constitution. Il la soumet au vote de son peuple.

Le président B propose aussi une Constitution. Dès qu'une partie du peuple a dit non, on cesse de voter. Un peu plus tard, la même Constitution est imposée. Sans vote. Qui est le démocrate ?
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Vous avez tout faux. Le premier président s'appelle Chavez, c'est donc un populiste et un dictateur. Le second s'appelle Sarkozy et l'Union Européenne, ce sont donc des démocrates. »

Poutine doit bien rigoler… Sa conception de la démocratie n’est pas si différente après tout. Honnêtement, je vois mal comment les Européens pourraient désormais lui faire la leçon.

Ainsi donc, le Traité de Lisbonne, la copie quasi-conforme du Traité constitutionnel européen, rejeté par les peuples Français et Néerlandais par referendum, est en passe d’être ratifié par tous les pays de l’Union, par voie parlementaire cette fois-ci (c’est plus prudent) sauf en Irlande. La France a révisé sa Constitution hier et le Parlement s’apprête à voter définitivement le texte. On dira ce qu’on voudra, mais en définitive c’est un mépris total de la souveraineté populaire. Il ne s’agit ni d’un « traité simplifié », ni d’un « mini-traité » comme annoncé par Nicolas Sarkozy, mais d’une vraie mascarade. Ce texte est même peut-être pire que le précédent. Voici ce qu’écrit Valéry Giscard d'Estaing dans un article du Monde :

« Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l'ordre a été changé dans la boîte à outils. La boîte, elle-même, a été redécorée, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l'on cherche. (…)

Le texte des articles du traité constitutionnel est donc à peu près inchangé, mais il se trouve dispersé en amendements aux traités antérieurs, eux-mêmes réaménagés. On est évidemment loin de la simplification. Il suffit de consulter les tables des matières des trois traités pour le mesurer ! Quel est l'intérêt de cette subtile manoeuvre ? D'abord et avant tout d'échapper à la contrainte du recours au référendum, grâce à la dispersion des articles, et au renoncement au vocabulaire constitutionnel.

Mais c'est aussi, pour les institutions bruxelloises, une manière habile de reprendre la main, après l'ingérence des parlementaires et des hommes politiques, que représentaient à leurs yeux les travaux de la Convention européenne. Elles imposent ainsi le retour au langage qu'elles maîtrisent et aux procédures qu'elles privilégient, et font un pas de plus qui les éloigne des citoyens. »

Pour une fois, je suis d’accord avec VGE, l’Europe qu’on nous prépare va enthousiasmer les citoyens, c’est sûr…

Heureusement, il existe encore des hommes politiques courageux, capables de dénoncer cette dérive anti-démocratique :

« Si l'Europe reste la seule affaire des responsables politiques et économiques, sans devenir la grande affaire des peuples, reconnaissons que l'Europe sera, à plus ou moins brève échéance, vouée à l'échec.

Bien sûr, l'Europe doit être au service des peuples, chacun peut le comprendre. Mais l'Europe ne peut se construire sans les peuples, parce que l'Europe, c'est le partage consenti d'une souveraineté et la souveraineté, c'est le peuple. A chaque grande étape de l'intégration Européenne, il faut donc solliciter l'avis du peuple. Sinon, nous nous couperons du peuple.

Si nous croyons au projet Européen comme j'y crois, alors nous ne devons pas craindre la confrontation populaire.

Si nous n'expliquons pas, si nous ne convainquons pas, alors comment s'étonner du fossé qui risque de s'amplifier chaque jour davantage entre la communauté Européenne et la communauté Nationale ? »
Nicolas Sarkozy, le 9 mai 2004 au Conseil national de l'UMP à Aubervilliers.

Admirez sa force de conviction sur cette video !

Il est toujours triste de constater qu’en politique, tout le monde ment, tout le monde raconte n’importe quoi et que les textes européens qui s’accumulent depuis le traité de Maastricht ne cessent de restreindre les champs pour lesquels le peuple doit être consulté.

L’Europe est devenue folle, c’est une machine qu’il faut arrêter car elle menace la démocratie. Ceux qui croient encore que de ce traité sortira une Europe plus solidaire, plus sociale ou plus forte sur la scène internationale se trompent lourdement.

Avant d’imposer leurs choix ou leur vision du monde, les hommes politiques ont le devoir premier de défendre la démocratie et la souveraineté populaire. Au lieu de cela, nos députés et sénateurs réunis hier en Congrès à Versailles ont fait exactement l’inverse. Dès lors, ces gens ont cessé d’incarner la représentation nationale pour ne plus être que l’émanation de cette oligarchie européenne, dont le seul but est de garder le pouvoir. Quant à moi, plus jamais je ne voterai pour un de ces partis qu’on dit « de gouvernement ».

jeudi 31 janvier 2008

Peter Menzel, « Hungry planet », what the world eat , 2005

L’emploi ad nauseam d’expressions comme « mondialisation » ou « village global » nous ferait presque oublier qu’il existe toujours d’immenses disparités planétaires qui ne sont pas prêtes d’être comblées ! C’est ce que nous rappelle à sa manière le photographe Peter Menzel en braquant son objectif sur les pratiques alimentaires de nos contemporains aux quatre coins du monde. En tout, 30 familles visitées dans 24 pays différents. Le principe est simple : chaque famille est photographiée devant la nourriture qu’elle consomme en une semaine. La légende stipule la dépense que cela représente en dollars US. On mesure ainsi du premier coup d’œil à quel point les différences économiques sont aussi grandes que les différences culturelles. Mais aussi que l'humanité oscille décidement entre pénurie et malbouffe...


Allemagne, Famille Melander de Bargteheide, 375.39 Euros ou 500.07 $ / semaine


Etats-Unis, Famille Revis de Caroline du nord, 341.98 $ / semaine


Grande-Bretagne, Famille Bainton de Cllingbourne Ducis, 155.54 £ ou 253.15 $ /semaine


Egypte, Famille Ahmed du Caire, 387.85 livres égyptiennes ou 68.53 $


Chine, Famille Cui du village Weitaiwu, 57,27 $ /semaine


Equateur, Famille Ayme de Tingo, 31.55 $ / semaine


Tchad, Famille Aboubakar, réfugiés du Darfour, 685 Francs CFA ou 1.23$ / semaine


D’autres clichés sont à découvrir sur le site de Peter Menzel ou du Time. Vous pouvez également télécharger ce powerpoint qui circule sur le net.

mardi 29 janvier 2008

Serge Halimi, « Le grand bond en arrière », fayard, 2006

« Nous avons connu d’autres ambitions collectives que celle de punir les pauvres, d’autres définitions de la liberté que celle de choisir entre deux marques de produit. Cette utopie-là vaut bien celle des autres. Et c’est aussi grâce à elle que nous savons que nous ne sommes pas condamnés à vivre dans le monde où nous vivons. »

Si vous avez voté « Sarkozy » avec enthousiasme lors des dernières élections ou si vous pensez qu’il « invente » des solutions originales pour redresser le pays, passez votre chemin, ce livre n’est pas pour vous. Car si par malheur, vous y comprenez quelque chose, tous les confessionnaux du monde ne vous seront d’aucun secours. Pour tous les autres, ceux pour qui des mots comme « justice sociale » ou « solidarité » ont encore un sens mais qui ne comprennent plus la marche du monde et qui ne savent pas comment on a pu en arriver là –je sais que vous êtes nombreux- prenez le temps de lire ce livre. A défaut de pouvoir changer le monde, vous aurez au moins la satisfaction de savoir comment « l’ordre néolibéral » s’est largement imposé à nos sociétés en ce début de 21ème siècle : Pourquoi Lionel Jospin a t-il privatisé plus d’entreprises qu’aucun autre Premier Ministre en France ? Pourquoi les réformes les plus dures en Allemagne ont-elles été réalisées par les sociaux-démocrates ? Comment le socialiste français Pascal Lamy a-t-il pu diriger l’OMC, l’organisation mondiale la plus libérale qui soit ? Du coup, vous comprendrez aussi pourquoi des hommes « de gauche » apportent leur « crédit » au gouvernement de Sarkozy ou comment Dominique Strauss-Khan a pu être nommé à la tête du FMI avec la bénédiction du petit Nicolas. Sans oublier comment un traité constitutionnel pourtant rejeté par referendum est en passe d’être ratifié dans l’indifférence générale... Ce qu’il y a de formidable dans ce livre, c’est qu’il donne toutes les clefs nécessaires pour comprendre les mutations récentes de nos sociétés occidentales, toujours plus consuméristes, affairistes et d’une certaines manière autodestructrices.


Plus qu’un essai militant, Serge Halimi (1) a réalisé un véritable travail d’historien et nous livre ici un ouvrage très documenté. Ce pavé de 600 pages (vous êtes prévenus !) est l’histoire d’une trahison, celle de nos élites et de leur conversion au néolibéralisme. Elles ont réussi l’exploit (en une trentaine d’années tout de même) d’abattre l’ancien ordre keynésien et surtout de faire passer l’idéologie d’une classe (la leur, la classe possédante) pour le sens commun en organisant minutieusement l’impuissance publique. En un sens, la mondialisation est largement le résultat de cette gigantesque machination qui aboutit à la subordination (la soumission ?) de tous aux seuls intérêts des détenteurs de capitaux – cette surclasse mondiale qui considère le droit du travail comme une entrave à la liberté, l’éducation et la santé comme des dépenses inutiles.

« Très tôt, les think tanks néolibéraux ont consacré temps et énergie à la déréglementation des télécommunications. Eux voyaient loin. La structuration de l’information autour d’oligopoles privés gouvernés par leurs actionnaires allait accélérer la privatisation de la société tout entière. (…) L’information, comme la culture ou l’éducation, n’est qu’un produit vendu à des consommateurs sur un marché dans une optique de profit. Et la puissance de l’entreprise reflète l’appréciation du client. C’est ce que Thomas Frank appelle le « populisme de marché », cet étrange élixir qui permet à la droite américaine de stigmatiser comme « élitiste », voire antidémocratique, quiconque s’oppose à une multinationale, puisque la puissance de l’entreprise proviendrait des arbitrages du peuple en sa faveur. »


La démonstration de Serge Halimi est magistrale. Elle décortique les rouages de cette impitoyable machine de guerre idéologique - les stratégies, les moyens mis en oeuvre, les victoires. A la fin, on se sent faible et démuni face à un tel pouvoir. Et pourtant, nous devons garder espoir car il n’existe aucune loi naturelle qui régisse l’évolution des sociétés humaines, quoi qu’en disent les économistes. Il n’existe que des valeurs que nous décidons de défendre ou de renier. Le New Deal, le Front Populaire ou le Conseil National de la Résistance furent des périodes lumineuses. Aujourd’hui, le ciel s’est assombri. Mais gardons ceci en tête : tôt ou tard, même les ténèbres doivent passer... Les révolutions sont faites pour ça. Elles commencent dans les esprits. Aux livres, Citoyens !


Je n’ai qu’un conseil à vous donner : apprenez à penser contre les marchés (pensez au scandale de la Société Générale). C’est la clef. Les moins courageux trouveront ici une interview de Serge Halimi qui reprend les grandes lignes de son livre.


(1) Docteur en sciences politiques, Serge Halimi est journaliste au Monde diplomatique.