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lundi 3 décembre 2007

Pourquoi je suis de gauche

Puisque l'heure est à l'idolâtrie sarkozyste, blairiste, merkelienne voire bushiste (!), j'ai eu envie de faire un rapide plaidoyer en faveur des valeurs de la Gauche (qu'on a tendance à oublier ces temps-ci) en les comparant avec celles de la Droite (mais aussi d'une certaine "gauche") libérale. Les différences parlent d'elles-mêmes.

Les impôts (sur le revenu, la fortune, les successions). Pour la droite, ils sont confiscatoires. Pour la gauche, redistributeurs.
Les marchés. Pour la doite, ils doivent être libéralisés en toute circonstance. Pour la gauche, ils doivent être régulés.
L'Etat. Pour la droite, il est répressif et régalien (justice, police, armée). Pour la gauche, il est le garant de la solidarité nationale, protecteur et régulateur.
Les valeurs fondatrices. Pour la doite, ce sont les libertés au pluriel. Pour la gauche, la liberté (au singulier) bien sûr mais aussi le souci de l'égalité.
La TVA. Pour la doite, c'est l'impôt le plus juste. Pour la gauche, le plus inégalitaire.
Les services publics. Pour la doite, ils sont inefficaces par nature. Pour la gauche, ils sont essentiels car ils participent à la redistributions des richesses.
L'obession. Pour la doite, la rentabilité. Pour la gauche, la justice sociale.

Quelles conséquences tirer de ce rapide tour d'horizon ? Quand la doite est forte, on assiste à la concentration des richesses au sommet de la pyramide sociale avec à la clef une société très inégalitaire et le recul des classes moyennes (le sablier). En revanche, avec la gauche, la société se caractérise par l'importance justement des classes moyennes (le losange).

Au final, quelle société préférez-vous: celle du sablier ou celle du losange ? J'ai fait mon choix. Et vous ?

samedi 26 mai 2007

En finir avec la théorie néo-classique

Vous avez peut-être déjà remarqué qu’une des raisons d’être de ce blog est de diffuser, d’expliquer et de soutenir les tentatives de déconstruction du modèle économique dominant. De démolir une fois pour toutes l’idée qu’il n’y a qu’une bonne façon de faire de l’économie. Tony Blair est le chantre de ce type de discours, répétant inlassablement qu’en économie, il y a ce qui marche et ce qui ne marche pas. Eh bien non, il a tort.

Par exemple, la production et la distribution d’électricité en France, ça marche bien. EDF est une entreprise en bonne santé, les infrastructures sont fiables, tout le monde a accès au réseau électrique, les prix pratiqués ne sont pas prohibitifs. Bref, c’est un service public de qualité qui répond à un besoin essentiel. Comme l’eau d’ailleurs mais j’en parlerai un autre jour. Pourtant, il semble que cela ne suffise pas. En juillet 2007, ce secteur sera privatisé. Au nom de quoi ? De la concurrence ? - ce qui suppose déjà qu’un système concurrentiel est par nature plus efficace qu’un service public - Pourtant, dans tous les pays où cette privatisation a eu lieu en Europe, les prix ont augmentés. Et je ne vous parle pas des pannes qui ont plongé à plusieurs reprises la Californie dans le noir...

Non, la majorité des choix qui sont faits par nos gouvernements sont d’ordre idéologique. Eh oui, les bonnes vieilles idéologies ont toujours le vent en poupe, elles qu’on croyait mortes depuis la chute du communisme en URSS. Elles sont pourtant nombreuses : créationnisme, évangélisme, néo-libéralisme, islamisme, socialisme du 21ème siècle en Amérique du sud... Non, décidément, les idéologies sont toujours là. Ce qu’il nous manque en fait, c’est une grande Utopie, - le communisme a joué ce rôle par le passé - , capable de contester et de faire évoluer le modèle dominant.

Pour cela, il est nécessaire de démontrer le plus clairement possible, contre la théorie néo-classique, que l’économie n’a rien d’une science exacte, que ses supposées « lois » (comme celle « de l’offre et de la demande ») n’existent pas. Tout au plus l’économie peut-elle revendiquer sa place aux cotés des autres sciences sociales, au premier rang desquelles figurent l’histoire, la sociologie et la psychologie.


Le Hors-série d’Alternatives économiques, actuellement en kiosque et consacré à l’histoire de la pensée économique y parvient tellement bien que je vous encourage à l’acheter. Je vous en proposerai d’ailleurs bientôt une vaste synthèse. Que les auteurs me pardonnent par avance les paraphrases que je ne manquerai pas de commettre, inévitables dans ce genre d’exercice.

Les Français, même cultivés, manquent cruellement de culture économique. Pour beaucoup, les seuls cours d’économie qu’ils ont suivi remontent à la classe de seconde. Pourtant, à longueur de journée, journalistes, banquiers, analystes financiers, hommes politiques, diffusés dans les médias de masse, nous assomment de chiffres et d’idées préconçues. Ce sont eux qui façonnent l’opinion alors qu’ils ne font le plus souvent qu’annoner un jargon économico-scientifique que personne ne comprend, à la manière du Docteur Diafoirus de Molière. Et pour cause, personne, ni les économistes du FMI ou de la BIRD, ni les hommes politiques ou les universitaires, ni les statisticiens ou les prix Nobel et encore moins Jacques Attali ou Alain Minc, n’est en mesure d’expliquer, de théoriser, de modéliser quelle forme prendrait la mise en place d’un système économique efficace. Tout simplement parce que les rapports d’échanges entre les êtres humains sont infiniment plus complexes à décrire que le système climatique planétaire et impossibles à mettre en équation. Sauf à faire de l’économie purement virtuelle, transcendante en quelque sorte, sans aucune prise avec le réel. De l’idéologie, donc.

Seule une vaste entreprise de déconstruction nous permettra d’imaginer, d’inventer et d’élaborer d’autres modes de développement, plus respectueux de l’être humain, des apports de chaque individu et, je l’espère, de la planète.

jeudi 26 avril 2007

Redéfinir la "modernité"

On ne peut pas refuser la modernité. La question primordiale est donc de s’interroger sur le sens que nous donnons aujourd’hui à cette notion.

Après la chute des grandes idéologies, le capitalisme, qui n’est qu’un mode de production de richesses, s’est retrouvé « triomphant ». Or, le capitalisme actuel est un capitalisme de facilité qui va au profit le plus rapide grâce à l’environnement favorable que lui offre la mondialisation et modifie profondément notre échelle des valeurs et par conséquent notre idée de la modernité. J’y reviendrai dans la présentation que je ferai du livre de jean Peyrelevade, « Le capitalisme total ». En France et ailleurs, il ne cherche plus à se développer en fonction des contraintes et des atouts du pays parce que les multinationales ne s’inscrivent plus dans un territoire. Elles n’ont plus besoin d’un cadre national qui par ailleurs fut protecteur en son temps. La recherche du profit instantané est-elle compatible avec le souci du coût social ou environnemental du développement ? Sans la contrainte d’un Etat fort, la réponse est non. Est-ce cela la modernité ?

Les multinationales ne créent plus de croissance que dans les pays émergents où elles investissent massivement. Espérons qu’ils ne faudra pas un siècle aux travailleurs de ces pays pour se rebeller contre une forme d’exploitation que nous avons connu au 19ème siècle. En mettant en concurrence des systèmes de développement très inégaux, ces grandes firmes distordent la concurrence internationale qui est aussi vieille, par ailleurs, que le capitalisme lui-même. Elles ne réussissent qu’à créer du chômage en Occident, dégager des dividendes faramineuses pour un petit nombres d’actionnaires (souvent les fonds de pension des gentils retraités anglo-saxons) et à polluer davantage la planète. Jamais une génération n’aura autant mis en péril la suivante.

Chômage et inégalités sont inhérents au capitalisme - songez qu’il n’y avait pas de chômage dans les sociétés pré-industrielles -. Si au moins ce système, en créant de la croissance – la sacro-sainte croissance – pouvait supprimer la pauvreté ! Mais non, on préfère désormais s'attaquer aux mécanismes protecteurs et redistributeurs pour favoriser des « champions internationaux» alors que paradoxalement on compte bien plus sur les PME pour faire baisser le chômage. De toute façon, si tout le monde était riche en même temps, il n’y aurait plus de riches. D’où plein emploi = précarité pour beaucoup.

Et si nous tentions de remplacer dans notre hiérarchie des valeurs, la concurrence par l’entraide, l’accumulation par le partage, la croissance par le souci de l’environnement, cela ferait-il de nous des êtres moins « modernes » ?

mardi 24 avril 2007

Vers la fin du « consensus de Washington » ?

Le journal Le monde s’est procuré une version provisoire du « World development report 2008 » rédigé par la Banque Mondiale et qui sera rendu public en septembre.

Espérons que la version finale ne soit pas trop édulcorée, car c’est le premier rapport sur le développement qui s’intéresse à l’agriculture depuis 1982 et « encourage (enfin !) les gouvernements des pays pauvres à encadrer et à soutenir leurs paysanneries ». C’est donc bien d’une réhabilitation de l’intervention de l’Etat dans l’économie qu’il s’agit, à contre-pied donc de la doctrine néo-libérale prônée depuis une génération par cette institution censée lutter contre la pauvreté !

De fait, selon l’un des rédacteurs du rapport "on s'est clairement placés au-delà du consensus de Washington, parce que la pauvreté n'a pas reculé, et que maintenant il y a l'urgence environnementale."

Mais au fait, qu’est-ce que c’est que ce fameux « consensus de Washington » ?

Le « consensus de Washington » reflétait jusqu’à présent la convergence idéologique des « experts » des principales institutions financières de la planète : la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et le Département américain du Trésor. Elaboré sous l’égide de l’économiste John Williamson en 1989, il définit depuis près de 20 ans les grandes politiques économiques mondiales et a donc largement contribué, après l'effondrement de l'URSS, à façonner le visage de la mondialisation telle qu'on la connaît aujourd'hui.

Ce « consensus » résume en 10 points « la bonne politique » à suivre pour un pays en développement :

Les mesures de stabilisation

1) Austérité budgétaire
2) Réduction des subventions
3) Action sur les taux d’intérêt par l’intermédiaire d’une politique monétaire orthodoxe
4) Création d’un taux de change stable et compétitif

Les mesures structurelles

5) Libéralisation des échanges commerciaux
6) Libéralisation des mouvements de capitaux
7) Des réformes fiscales pour accroître le nombre de contribuables en élargissant l’assiette par la généralisation de la TVA et pour obtenir des taux maximaux d'imposition faibles
8) Privatisations
9) Déréglementation
10) Renforcement du droit à la propriété privée

Conçus, à l’origine, pour répondre aux difficultés spécifiques des pays latino-américains, ces principes ont été jugés applicables au monde entier et furent rapidement adoptés par nos élites mondialisées. En Europe, par exemple, ils sont à l’origine du concept de « concurrence libre et non faussée », inscrit au coeur du Traité de Maastricht et du feu Traité constitutionnel européen, qui annonce la destruction des services publics et interdit de mener une politique industrielle européenne.

Ces solutions « standards » dites « d’ajustements structurels », appliquées à l’aveuglette, ont conduit l’Argentine à la ruine, ont plongé la Russie dans une crise sociale de grande ampleur et ont bouleversé les économies émergentes des pays d’Asie à la fin des années 90. Joseph Stiglitz fut l’un des premiers à dénoncer les effets ravageurs de cette politique dans son livre « La grande désillusion ».

Au moment où ce « consensus » semble se fissurer, il serait intéressant de s’interroger sur l’opportunité de mettre en oeuvre le programme économique d’un certain Nicolas S., candidat à l’élection présidentielle française.

Pour aller plus loin, suivez ces liens :

Enterrer le consensus de Washington (ATTAC)
Le « consensus de Washington », appliqué en Amérique Latine (Le monde diplomatique)

jeudi 19 avril 2007

Vote contestataire: contre la tentation Le Pen

Par dépit, par désespoir ou par défiance envers le monde politique, certains de nos compatriotes ont l'intention de voter Le Pen au premier tour pour exprimer un vote contestataire et envoyer un signal fort à la classe dirigeante, mais sans pour autant partager les idées du FN, du moins le disent-ils. Je ne suis d'accord ni sur la stratégie, ni sur leur analyse. Voter pour un candidat dont on sait désormais qu'il peut accéder au 2ème tour, devient de facto un vote d'adhésion (pour ce parti) et non de contestation (envers les partis dits "de gouvernement").

Pour justifier ce vote, je les entends dire: "Le Pen était déjà au 2ème tour en 2002 ? Et qu'est-ce qui a changé ? Rien"... Je leur répondrais que c'est heureux en l'occurrence ! Car la majorité des Français (82 %) ont massivement rejeté ses thèses. A ceux qui veulent en rajouter une seconde couche, du style "cette fois, on sera bien obligé d'entendre notre ras-le bol", je leur dirais: si vous avez raison, si à travers ce vote, votre contestation du système est entendue, ce sera précisément dans le sens des idées d'extrême-droite. Vous en partagez certaines ? Alors, ok, votez Le Pen mais ce n'est plus uniquement de la contestation.

En revanche, si votre vote est uniquement contestataire, anti-système, anti-establishement (appelez-le comme vous voudrez) et que vous ne vous retrouvez pas (ou très peu) dans les idées d'extrême-droite, alors votez pour quelqu'un d'autre, votez blanc ou abstenez-vous.

Si seul le résultat final vous importe mais que vous ne supportez pas Ségolène Royal (trop incapable) ou François Bayrou (trop faux-cul), alors votez directement pour Sarkozy dans ce cas. Mais ne reprochez pas en plus aux deux autres d'être trop autoritaires ou trop à droite !

Vous voulez voter pour exprimer votre contestation du système ? C'est l'embarras du choix !
Oublions Les Verts, le PCF et bien sûr l'UDF qui ont déjà participé à des gouvernements.

Vous voulez une nouvelle vision du monde ? Pourquoi pas Bové !

Vous en avez marre de l'Europe, de sa monnaie et des technocrates de Bruxelles qui nous volent notre souveraineté ? Alors optez pour Schivardi ou Villiers !

Vous êtes tenté par un "vote insurrectionnel" comme le dit Bové ? Votez donc pour lui ! Ou pour la LCR, ou LO...

Vous voulez de la proportionnelle ? Vous pouvez tout aussi bien choisir Villiers, Bové ou Besancenot, je n'ose dire François Bayrou…

Vous habitez en zone rurale et le cadre de vie que vous avez toujours connu est en train d'être détruit ? Schivardi vous tend les bras si vous venez de la gauche ou bien essayez donc Frédéric Nihous.

L'immigration vous tracasse ? L'UMP ou Villiers ne vous suffisent-ils vraiment pas ?

Mais non, suis-je bête, vous voulez véritablement peser sur le scrutin. Vous voulez que votre vote contestataire se concentre dans un candidat capable de faire peur aux favoris au point d'en infléchir profondément les actes. Vous ne voulez pas l'éparpillement des mécontentements. Et le mieux placé serait Le Pen ! Mais allez donc plutôt vers Sarkozy, son discours, il l'a déjà bien infléchi et c'est le seul à aller chasser sur les terres du FN. Il y aurait bien le vicomte, mais ce n'est pas assez lourd pour vous. Et puis vous préférez sans doute "l'original à la copie".

Mais ne vous leurrez pas: si vous persévérez dans le vote Le Pen, c'est tout de même que vous partagez ses idées. Au moins une grande partie. Réfléchissez un instant à cela. Si, en effet, Le Pen fait un gros score et se qualifie une nouvelle fois pour le second tour 1) soit ce n'est pas pris en compte comme la dernière fois, 2) soit ça l'est ! Et donc les infléchissements à attendre iront dans le sens des idées défendues par le leader du FN: politique ultra-sécuritaire, rétablissement de la peine de mort, suppression du regroupement familial, préférence nationale etc… Vous choisissez, quoi ?

Si vous voulez juste exprimer votre ras-le-bol, votre dégoût même - je le conçois très bien- faites ce que bon vous semble mais ne tombez pas dans le piège !

Si vous êtes véritablement proche de l'extrême-droite, alors, d'accord votez pour Jean-Marie. Nous sommes en démocratie, le FN reste un parti autorisé, et je n'ai rien à dire.

Dans le cas contraire, vous jouez un jeu dangereux. Ayez conscience que quand un candidat a déjà prouvé qu'il a de très sérieuses chances d'être au 2ème tour, on est plus dans le contexte d'un vote de contestation, mais largement d'adhésion ! Du vote utile, en quelque sorte...

mercredi 18 avril 2007

L'Equateur se rebelle

En cette fin de campagne, je suis frappé que la plupart de nos commentateurs politiques aient intégré que la France était un « petit pays, même en Europe » et que son président, fraîchement élu, n’aura de toute façon aucune capacité d’action ! D’ailleurs, par suivisme ou par paresse intellectuelle, ce qui revient au même, ils ne proposent que la fusion dans le moule du marché mondial ou prédisent l’effondrement.

Heureusement pour eux, d’autres pays n’ont pas cet état d’esprit.

L’Equateur, par exemple, se rebelle. Le président Correa a réussi son pari et emboite le pas à Evo Morales, son homologue bolivien. Lundi, il a gagné son référendum. Une large majorité de votants ont répondu "Oui" à « la convocation d'une Assemblée constituante aux pleins pouvoirs afin qu'elle transforme le cadre institutionnel de l'Etat et élabore une nouvelle Constitution".

Car, Rafael Correa, économiste de formation (il a étudié en Equateur, en Belgique et aux Etats-Unis), veut en finir avec le « néolibéralisme déprédateur » et l’impérialisme de son puissant voisin américain. Certains agitent le spectre de Chavez, quand ce n'est pas celui de Castro pour mettre en garde contre une éventuelle dérive dictatoriale. Honnêtement, je ne connais pas assez la politique équatorienne pour exprimer un avis là-dessus. Je m'en tiendrais donc aux discours. Que veut Correa ?

Le président équatorien souhaite un «changement de modèle économique selon lequel l'Etat planifie, régule et assure la promotion de l'économie sans nationaliser les moyens de production». Il propose notamment :

- la renégociation des contrats avec les sociétés des secteurs de l'électricité, des télécommunications et surtout du pétrole.

- la restructuration de la dette extérieure.

- le non-renouvellement de l'accord qui permet aux Etats-Unis d'utiliser la base militaire aérienne de Manta.

- le refus des ingérences des institutions financières internationales.

- l’interdiction des monopoles notamment dans le secteur bancaire.

- un investissement massif de l’Etat en matière d’éducation et de santé.

En outre, le dollar américain restera monnaie de l'Equateur.

Pour autant que je sache, c’est ce genre de politique interventionniste qui a réussi en Corée, en Malaisie ou en Thaïlande avant que la libéralisation forcée de leurs marchés de capitaux ne les conduisent à la crise et une des rares efficace pour un pays qui veut réussir sa transition économique.

Rafael Correa a également déclaré qu'il expulserait du pays le représentant de la Banque mondiale, Eduardo Somensatto, si une enquête en cours confirmait que cette institution a bloqué, en représailles à des mesures défavorables aux multinationales pétrolières, un prêt de 100 millions de dollars octroyé à l'Equateur. Et ça, c’est plutôt rigolo !

Alors, au lieu de gloser sans fin sur son déclin, la France de l'impuissance ferait mieux de s’inspirer de ce « petit pays » qui ne désespère pas, lui, de prendre son destin en main. Ne confondons pas "capacité d'action" et "volonté d'action". Et souhaitons bonne chance à l'Equateur !

Ceux qui veulent aller plus loin, et comprendre les circonstances qui ont amenées en janvier 2007 M. Correa au pouvoir, pourront se référer à cet article du monde diplomatique.

mardi 17 avril 2007

Sarkozy, le candidat de la peur ?

L'hebdomadaire Marianne titre cette semaine sur "Le vrai Sarkozy, ce que les grands médias n'osent pas ou ne veulent pas dévoiler". Pourquoi ? L'homme fait peur. Peu osent avouer ce sentiment et beaucoup le partagent même dans son camp. Lisez donc le livre d'Azouz Begag, ça fait froid dans le dos. Pour ma part, je crois profondément que ce candidat n'est pas de nature à rassembler les Français mais à diviser encore un peu plus la société. Quand on voit ce que se permet ce candidat parmi d'autres, il est vrai favori des sondages, il y a de quoi s'inquiéter pour la liberté d'expression quand il aura atteint son but, d'autant que tous les grands patrons de presse le soutiennent. J'ai bien peur, qu'une fois Président, son ego n'y résiste pas et que la dérive monarchique de nos institutions prennent alors sa pleine et entière expression...

A ce propos, je reproduis ici un communiqué de presse de la société des journalistes de France 3, déjà largement diffusé sur le Net:
Nicolas Sarkozy se verrait-il déjà à l'Elysée ?

Trépigne-t-il déjà en s'imaginant bientôt disposer des pleins pouvoirs ?

Sans doute grisé par les sondages qui le placent en tête du premier tour, le candidat UMP s'est récemment laissé aller à une petite crise d'autorité dans les locaux de France 3. Une sorte de caprice régalien que l'on croyait appartenir à d'autres temps, ceux de la vénérable ORTF.

M. Sarkozy a en effet menacé de « virer » notre direction. Comme ça, sur un coup de tête. Parce qu'elle n'a pas daigné lui dérouler le tapis rouge et accourir immédiatement à sa rencontre lorsqu'il est venu, le 18 mars dernier, participer à l'émission France Europe Express, présentée par Christine Ockrent.

A peine arrivé, Monsieur le Ministre-candidat se laisse d'abord aller à quelques grossièretés, estimant que cette émission « l'emmerde » et qu'il n'a pas envie de la faire ! Ensuite, le voici vexé de devoir attendre dans les couloirs de France 3 pour être maquillé, d'autres invités occupant déjà les lieux (et oui, France 3 ne dispose que d'une salle de maquillage).

Coupable de ce «crime de lèse-Sarkozy », voici notre direction sur la sellette. « Toute cette direction, il faut la virer », a lâché le candidat UMP, comme le rapporte le Canard Enchaîné du 21 mars 2007. « Je ne peux pas le faire maintenant. Mais ils ne perdent rien pour attendre. Ca ne va pas tarder ».

Les Français sont désormais prévenus ! L'une des priorités de Nicolas Sarkozy s'il est élu président de la République sera de couper des têtes à France 3. A la trappe ces directeurs qui tardent à exécuter les courbettes.

Le Ministre-candidat avait déjà habitué notre rédaction à ses poses agacées, à ses humeurs dans nos locaux, face à une rédaction qui ne lui semble manifestement pas suffisamment docile. Comme cette récente provocation gratuite à l'adresse d'un journaliste du service politique «ça ne doit pas être facile de me suivre quand on est journaliste de gauche! ». Désormais, c'est à la direction qu'il veut s'en prendre ?

La Société des Journalistes de la Rédaction Nationale de France 3 ne peut qu'être scandalisée par une telle attitude de la part d'un candidat à la plus haute magistrature de France. Nous nous inquiétons que M. Sarkozy puisse afficher sans aucune gêne un tel mépris pour l'indépendance des chaînes de service public.

Non, monsieur Sarkozy, les journalistes de la Rédaction Nationale de France 3 ne sont pas et ne seront jamais vos valets. Ils résisteront à toute menace pesant sur leur indépendance. Si nous devons des comptes, ce n'est pas à un ministre-candidat, mais aux millions de téléspectateurs, qui regardent chaque jour nos journaux d'information.

Par respect pour eux, pour leur intelligence, nous n'accepterons jamais aucune forme de mise sous tutelle politique. Ni de votre part, ni de la part d'aucun autre candidat.

A bon entendeur.

La Société des Journalistes de France 3. Le 23 mars 2007


mercredi 11 avril 2007

Le candidat pour lequel j'aimerais voter

Ce candidat revendiquerait une sensibilité clairement de gauche. Il ne serait pas contre l'économie de marché à condition qu'il croit encore possible que celle-ci puisse être régulée par la puissance publique. Il tenterait courageusement de s'attaquer au capitalisme financier qui ruine notre modèle social ou comme disent les communistes au "mur de l'argent" qui est l’un des pires maux de ce début de siècle.

En effet, depuis les Trente Glorieuses, on n'était plus habitué à un tel différentiel entre les riches et les pauvres. Il n'y pas si longtemps la différence entre le salaire d'un ouvrier ou d'un employé de base et un grand dirigeant d'entreprise était de 1 à 40. Cet écart s'est considérablement creusé de nos jours, de 1 à... 400 ! Je crois que c'est cela, fondamentalement, que la France rejette dans la mondialisation qu'elle trouve au final profondément inégalitaire voire injuste. Certains apparatchiks se taillent des fortunes considérables, comme en Russie ou en Chine et des millions d'autres personnes devraient rester sur le carreau. Parce que c'est la loi du marché ? Et c'est tout ?

Je ne crois pas que cette dérive à l'anglo-saxonne ressemble aux Français, ni ne leur convienne. Qu'on ne s'y trompe pas, l'électorat sarkosyste n'est pas libéral. Pour s'en convaincre, regardez les scores électoraux que faisait le parti libéral d'Alain Madelin. La France valorise le mérite individuel bien sûr. Mais l'idéal du bonheur est toujours vécu, en grande partie, sur le mode collectif, d'ailleurs toujours empreint d'une certaine idéologie collectiviste. On le voit, par exemple, à la survivance des nombreux partis qui se réclament de l'héritage communiste ou trotskiste. Même le parti socialiste rechigne à changer son nom. Le socialisme de Ségolène Royal n'a pourtant plus rien à voir avec celui d'un Jaurès ou d'un Léon Blum. Mais l’idéal demeure, au moins dans le nom.

A ce moment de la campagne, le débat porte sur l'identité nationale. Mais quelle est la nature de cette identité ? La question n'est pas anodine car elle touche aux fondements mêmes de notre nation et sa définition évolue en permanence. L'identité française est multiple, complexe et difficilement appréhendable dans sa globalité. C'est le vin, les fromages, le TGV, les services publics, la laïcité, l'heure de table, le droit grève, Jeanne d'Arc, Henri IV ou de Gaulle, Valmy, la prise de la Bastille, la nuit du 4 août, les droits de l'homme, Molière, Gavroche, Descartes, Jules Ferry et l'école obligatoire, les Lumières, le Louvre, la tour Eiffel, le mont Saint-Michel, l'apéro du dimanche, les marchés, le monument aux morts, le concorde, la sécu, la poste, la retraite par répartition... Tous ces éléments, ces personnages, ces idées, ces valeurs qui font que l'on partage un même mode de vie, une même histoire, les mêmes valeurs fondamentales et qui nous font sentir une communauté de destin.

Le bien commun, le "Vivre ensemble" est le grand absent de la campagne. Comme si la route vers le salut ne pouvait être qu'individuelle et corporatiste. Agiter un drapeau n'y changera rien, même après une coupe du monde remportée. Le mal est plus profond. Le Français est en perte de repère. Entre Vichy, la guerre d'Algérie, la décolonisation, la Françafrique, l'échec de l'intégration et le drame des banlieues, nous doutons de qui nous sommes, de l'avenir, de notre destin commun, de notre capacité à peser sur le cours des choses. Et c'est bien normal. Personne ne nous propose de réel projet de société. Entre le rejet illusoire d'un monde globalisé et la soumission aux règles de la concurrence la plus sauvage comme horizon unique, où est l'espoir, je veux dire l'espérance collective, et non pas la confiance individuelle en sa propre capacité à tirer son épingle du jeu, qui dépend largement de notre milieu d’origine ?

Pour faire revivre cet idéal collectif, et redonner du sens à des mots comme « Egalité » ou « Fraternité » qui font partie de notre devise, le candidat pour lequel j’aimerais voter identifierait les chantiers prioritaires suivants :

1) Les banlieues. C’est la priorité des priorités. Tout est à repenser en termes d’habitat, de transport, d’enseignement, d’intégration, de mixité sociale, de sécurité ou d’accès aux services publics. C’est un véritable Plan Marshall pour les banlieues dont le pays a besoin pour qu’il ne revive pas les émeutes de 2005 alors que se creusent chaque jour un peu plus les fractures entre les inclus et les exclus du système.

2) La réforme institutionnelle. Notre démocratie n’est plus représentative puisqu’un seul parti - l’UMP en l’occurrence - peut s’accaparer tous les pouvoirs sur une base de 20% des suffrages exprimés. Quatre candidats au moins peuvent prétendre se qualifier au second tour de la Présidentielle et tous auront besoin des réservoirs de voix des autres partis. La France refuse de se faire enfermer dans le bipartisme qu’on veut lui imposer. Faudra-t-il attendre comme en 2002 la présence de Le Pen au deuxième tour pour instaurer, par exemple, une vraie dose de proportionnelle aux élections législatives ?

3) La simplification législative et administrative. L’enchevêtrement de nos lois est trop compliqué et rend le système globalement opaque pour le non-initié. Les systèmes d’aides de toutes sortes sont devenus pléthoriques et contre-productifs. Les créateurs d’entreprises se plaignent constamment des lourdeurs administratives. La décentralisation a créé des doublons inutiles. C’est un grand chantier d’aplanissement et de simplification des textes qu’il faudrait entreprendre pour réduire les formalités, alléger les contraintes et gagner en transparence.

4) La relance de l’Union européenne, enfin. Le candidat pour lequel j’aimerais voter prendrait l’engagement ferme de lutter pour la réorientation de la politique européenne en vue de l’harmonisation des législations en matière sociale et fiscale. Une union forte et durable ne se fera pas contre les peuples et en dehors de leur adhésion. Le « Non » au référendum sur la Constitution doit être pris en compte. Car une Europe, véritablement démocratique et solidaire, reste le cadre où les grandes questions internationales, du réchauffement climatique au modèle de développement en passant par la politique énergétique, pourront un jour être traitées de manière efficace.

Il y aurait d’autres thèmes à traiter bien sûr, mais ces quatre priorités seraient, il me semble, de nature à réconcilier les Français avec le politique pour créer la confiance nécessaire à une dynamique collective et réformatrice.

jeudi 29 mars 2007

Merci Bocquet !

Il y a trois jours, tard dans la nuit, je regardais à la télé une émission politique dans laquelle chaque candidat à l'élection présidentielle était représenté. Un des thèmes abordé fut l'immigration. Et alors qu'on ergotait sur le mot de Rocard ("on ne peut pas accueillir toute la misère du monde"), je crois me souvenir (l'heure était quand même bien avancée !) que c'est Alain Bocquet pour le PCF qui proféra cette vérité simple: "C'est le capitalisme qui fabrique l'immigration. On jette les gens dans la misère et ensuite on les accable !"

En tout cas, c'est bien lui qui rebaptisa l'UMP, l'Union pour une Minorité de Privilégiés !

Ça vole pas haut, mais ça m'a fait rire.

La mondialisation: pour ou contre ?

Quand on parle de mondialisation, on s'imagine souvent un phénomène qui s'impose à tous et contre lequel on ne peut rien. Un fait dont il est absurde d'être pour ou contre puisque c'est une évolution naturelle de nos sociétés. En somme, on ne va pas contre le sens de l'histoire. Mais on oublie en même temps qu'il s'agit surtout du résultat d'une politique internationale menée dans le cadre des grandes institutions mondiales (notamment l'OMC, le FMI, la Banque mondiale, l'Union européenne...) et donc voulue par une partie au moins de nos dirigeants, dont le but est de faire de la planète un vaste marché, le plus intégré possible. Tout ça au nom d'une idéologie, le néo-libéralisme économique censé apporter le bonheur au plus grand nombre.
Certains ont l'air d'y croire.

Osons Bové ?

J'aime bien José Bové. Enfin, le personnage. Dans son discours, je me réserve le droit de faire le tri. En tout cas, il a le mérite de mettre les pieds dans le plat quand il prend position et défend vigoureusement ses convictions quitte à s'éloigner parfois de la légalité, ce qui en dérange plus d'un. Je pense surtout à nos amis les centristes...

Sa candidature à l'élection présidentielle sera la première à porter la cause altermondialiste en tant que telle. Je crois même qu'il serait salutaire que ce courant idéologique se dote d'un parti présent à chaque élection et participe désormais à la vie démocratique du pays. Car l'adhésion des citoyens ne se fera pas que sur un homme, mais sur une vision du monde, un programme cohérent et une équipe courageuse prête à gouverner.

Le site officiel du candidat
http://www.josebove2007.org/spip/