lundi 30 avril 2007

Vous avez dit "populiste" ? (suite)

Après le sujet d'hier sur le populisme, aujourd'hui, la preuve par l'exemple:

«Ce fut une campagne aux prises avec une crise morale comme la France n'en a peut-être jamais connu, sauf peut-être au temps de Jeanne d'Arc.»

«Les héritiers de Mai 68 avaient imposé l'idée que tout se valait, qu'il n'y avait donc désormais aucune différence entre le bien et le mal, aucune différence entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid. Ils avaient cherché à faire croire que l'élève valait le maître [...], que la victime comptait moins que le délinquant.»

«Il n'y avait plus de valeurs, plus de hiérarchie»

«Dans cette élection, il s'agit de savoir si l'héritage de Mai 68 doit être perpétué, ou s'il doit être liquidé une bonne fois pour toutes».

«Chers amis, il nous reste huit petits jours pour bâtir le pays le plus prospère au monde, pour rétablir le plein emploi et l'autorité ! J'ai besoin de vous pour être le candidat du peuple de France.»


C'était Nicolas Sarkozy, hier à Bercy.


Comment peut-on se laisser berner par un discours idéologique aussi tranché, réducteur et borné ? Comment peut-on oser affirmer que toutes les difficultés de la France tirent leur origine d'une soi-disante "crise morale" née de mai 68 ? Comment peut-on occulter à ce point les questions de fond et se croire dans le vrai ?

En juillet 2007, en Europe, on va libéraliser l'énergie. Que nous dit M. Sarkozy sur ce sujet, autrement plus pressant et déterminant pour l'avenir ?

source: Libération

dimanche 29 avril 2007

Vous avez dit "populiste" ?

Le blog politique et participatif "Betapolitique" propose une analyse que je trouve intéressante du nouveau visage que prend le populisme actuel et de ses possibles conséquences. Je tenais à le signaler pour que chacun en nourrisse sa réflexion.

En voici un court extrait:

Le populisme sarkozien, maladie infantile du libéralisme

jeudi 26 avril 2007

Le populisme qui contamine la vie politique aura eu pour effet paradoxal de générer une très forte participation électorale. Le populisme a pour effet principal d’ensevelir la question politique (c’est-à-dire le « que faire ? ») sous la problématique des « valeurs » (quelles sont les « vraies » valeurs ?). Le populisme exploite l’angoisse de déclassement, appelle à la préservation de certains privilèges et dissimule l’égoïsme de classe en le drapant de « valeurs éternelles ».

Le « rationnel » et « l’irrationnel » en politique.


Lorsque le « que faire ? » est au centre de l’action politique, la politique devient une sorte de « travail », c’est-à-dire une activité rationnelle qui ajuste des objectifs et des moyens (par exemple, pour relancer la croissance, il faut se déterminer entre une politique de l’offre, une politique de la demande ou un mixte des deux). Quand le politique devient cet « analogon » du travail, la question des « valeurs morales » est subsidiaire. Ce qui est primordial ce sont les compétences d’analyse, de concertation, de mobilisation, etc., qui permettent d’atteindre l’objectif fixé (relancer la croissance). Dans le monde du travail, la compétence prime sur les valeurs, ce que chacun de nous sait fort bien, puisque chacun de nous travaille quotidiennement, et sans encombre particulière, avec des collègues de travail qui sont loin de partager nos valeurs. L’objectif collectif (le travail) permet de transcender les éventuels clivages liés aux diverses « valeurs » de chacun.

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samedi 28 avril 2007

Le Darfour, c'est…

- 400 000 personnes massacrées en 4 ans
- 2 millions d'hommes, de femmes et d'enfants déplacés
- 225 000 réfugiés au Tchad
- 12 travailleurs humanitaires tués et 5 qui ont disparu
- 7 500 soldats africains déployés sur un territoire de 500 000 km2, presque aussi vaste que la France

C'est aussi,

- des bombardements aériens de populations civiles par le régime du président Al-Bachir
- des milices "janjawids" armées, logées et équipées par l'armée régulière soudanaise

Mais c'est surtout,

- l'enjeu du contrôle de l'Ouest et du Sud pétroliers par le pouvoir central de Khartoum
- l'ombre de la Chine, le premier fournisseur d'armes du Soudan, qui lui achète 65% de son or noir
- l'inefficacité de la force africaine qui ne peut que recenser les tueries
- l'hypocrisie des Américains et des Européens qui gesticulent au lieu d'agir

Le Darfour, c'est enfin un génocide qui ne dit pas son nom (le premier du 21ème siècle).

C'est le silence la communauté internationale.


Je salue le travail du collectif "Sauver le Darfour", qui tente de réveiller les conciences.

Source: Darfour, la chronique d’un « génocide ambigu » , le monde diplomatique, mars 2007


jeudi 26 avril 2007

Redéfinir la "modernité"

On ne peut pas refuser la modernité. La question primordiale est donc de s’interroger sur le sens que nous donnons aujourd’hui à cette notion.

Après la chute des grandes idéologies, le capitalisme, qui n’est qu’un mode de production de richesses, s’est retrouvé « triomphant ». Or, le capitalisme actuel est un capitalisme de facilité qui va au profit le plus rapide grâce à l’environnement favorable que lui offre la mondialisation et modifie profondément notre échelle des valeurs et par conséquent notre idée de la modernité. J’y reviendrai dans la présentation que je ferai du livre de jean Peyrelevade, « Le capitalisme total ». En France et ailleurs, il ne cherche plus à se développer en fonction des contraintes et des atouts du pays parce que les multinationales ne s’inscrivent plus dans un territoire. Elles n’ont plus besoin d’un cadre national qui par ailleurs fut protecteur en son temps. La recherche du profit instantané est-elle compatible avec le souci du coût social ou environnemental du développement ? Sans la contrainte d’un Etat fort, la réponse est non. Est-ce cela la modernité ?

Les multinationales ne créent plus de croissance que dans les pays émergents où elles investissent massivement. Espérons qu’ils ne faudra pas un siècle aux travailleurs de ces pays pour se rebeller contre une forme d’exploitation que nous avons connu au 19ème siècle. En mettant en concurrence des systèmes de développement très inégaux, ces grandes firmes distordent la concurrence internationale qui est aussi vieille, par ailleurs, que le capitalisme lui-même. Elles ne réussissent qu’à créer du chômage en Occident, dégager des dividendes faramineuses pour un petit nombres d’actionnaires (souvent les fonds de pension des gentils retraités anglo-saxons) et à polluer davantage la planète. Jamais une génération n’aura autant mis en péril la suivante.

Chômage et inégalités sont inhérents au capitalisme - songez qu’il n’y avait pas de chômage dans les sociétés pré-industrielles -. Si au moins ce système, en créant de la croissance – la sacro-sainte croissance – pouvait supprimer la pauvreté ! Mais non, on préfère désormais s'attaquer aux mécanismes protecteurs et redistributeurs pour favoriser des « champions internationaux» alors que paradoxalement on compte bien plus sur les PME pour faire baisser le chômage. De toute façon, si tout le monde était riche en même temps, il n’y aurait plus de riches. D’où plein emploi = précarité pour beaucoup.

Et si nous tentions de remplacer dans notre hiérarchie des valeurs, la concurrence par l’entraide, l’accumulation par le partage, la croissance par le souci de l’environnement, cela ferait-il de nous des êtres moins « modernes » ?

mercredi 25 avril 2007

Parole de candidat

Nos politiques ont malheureusement pris l'habitude de nous servir des salades, surtout en période électorale. En voici une belle:

"Si je suis élu, j'interdirai les golden-parachutes. Je veux mettre de la moralité dans le capitalisme français".

Qui est l'auteur de cette déclaration ? Arlette Laguiller ? Olivier Besancenot ? Non, c'est Nicolas Sarkozy
qui a réitéré cet engagement, ce soir dans "Face à la Une" sur TF1, alors qu'on l'interrogeait à propos des 8 millions d'euros "d'indemnités" versées à Noël Forgeard par EADS.

C'est Thierry Breton qui va être content...

mardi 24 avril 2007

Vers la fin du « consensus de Washington » ?

Le journal Le monde s’est procuré une version provisoire du « World development report 2008 » rédigé par la Banque Mondiale et qui sera rendu public en septembre.

Espérons que la version finale ne soit pas trop édulcorée, car c’est le premier rapport sur le développement qui s’intéresse à l’agriculture depuis 1982 et « encourage (enfin !) les gouvernements des pays pauvres à encadrer et à soutenir leurs paysanneries ». C’est donc bien d’une réhabilitation de l’intervention de l’Etat dans l’économie qu’il s’agit, à contre-pied donc de la doctrine néo-libérale prônée depuis une génération par cette institution censée lutter contre la pauvreté !

De fait, selon l’un des rédacteurs du rapport "on s'est clairement placés au-delà du consensus de Washington, parce que la pauvreté n'a pas reculé, et que maintenant il y a l'urgence environnementale."

Mais au fait, qu’est-ce que c’est que ce fameux « consensus de Washington » ?

Le « consensus de Washington » reflétait jusqu’à présent la convergence idéologique des « experts » des principales institutions financières de la planète : la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et le Département américain du Trésor. Elaboré sous l’égide de l’économiste John Williamson en 1989, il définit depuis près de 20 ans les grandes politiques économiques mondiales et a donc largement contribué, après l'effondrement de l'URSS, à façonner le visage de la mondialisation telle qu'on la connaît aujourd'hui.

Ce « consensus » résume en 10 points « la bonne politique » à suivre pour un pays en développement :

Les mesures de stabilisation

1) Austérité budgétaire
2) Réduction des subventions
3) Action sur les taux d’intérêt par l’intermédiaire d’une politique monétaire orthodoxe
4) Création d’un taux de change stable et compétitif

Les mesures structurelles

5) Libéralisation des échanges commerciaux
6) Libéralisation des mouvements de capitaux
7) Des réformes fiscales pour accroître le nombre de contribuables en élargissant l’assiette par la généralisation de la TVA et pour obtenir des taux maximaux d'imposition faibles
8) Privatisations
9) Déréglementation
10) Renforcement du droit à la propriété privée

Conçus, à l’origine, pour répondre aux difficultés spécifiques des pays latino-américains, ces principes ont été jugés applicables au monde entier et furent rapidement adoptés par nos élites mondialisées. En Europe, par exemple, ils sont à l’origine du concept de « concurrence libre et non faussée », inscrit au coeur du Traité de Maastricht et du feu Traité constitutionnel européen, qui annonce la destruction des services publics et interdit de mener une politique industrielle européenne.

Ces solutions « standards » dites « d’ajustements structurels », appliquées à l’aveuglette, ont conduit l’Argentine à la ruine, ont plongé la Russie dans une crise sociale de grande ampleur et ont bouleversé les économies émergentes des pays d’Asie à la fin des années 90. Joseph Stiglitz fut l’un des premiers à dénoncer les effets ravageurs de cette politique dans son livre « La grande désillusion ».

Au moment où ce « consensus » semble se fissurer, il serait intéressant de s’interroger sur l’opportunité de mettre en oeuvre le programme économique d’un certain Nicolas S., candidat à l’élection présidentielle française.

Pour aller plus loin, suivez ces liens :

Enterrer le consensus de Washington (ATTAC)
Le « consensus de Washington », appliqué en Amérique Latine (Le monde diplomatique)

lundi 23 avril 2007

Les 15 jours de Bayrou

Encore une fois, une élection nous a réservé son lot de surprises. Si les qualifiés sont ceux qu’on attendait, les scores, eux, sont édifiants.

Une participation exceptionnelle: 84%, du jamais vu depuis très longtemps. La percée de Bayrou, impressionnante. La dégringolade de Le Pen, inespérée. Le niveau atteint par Sarkozy, une performance.

Le résultat, plus qu’honorable, de Ségolène Royal est aussi une surprise, comme son corollaire l’effondrement très net de la gauche de la gauche qui perd ainsi sa capacité d’influence, le PS pouvant maintenant larguer les amarres pour s’arrimer au centre de l’échiquier politique.

Le vote utile a pleinement fonctionné pour le trio de tête. On n’imagine qu’il en sera de même au second tour.

A la lumière du scrutin, il est clair que le rapport de force est en faveur de la droite :

Sarkozy (31,18) + Villiers (2,23) + Le Pen (10,44) = 43,85%

Royal (25,87) + l’ensemble de la gauche = 36,44%

Le grand inconnu au second tour reste le report des voix de F. Bayrou (18,57%) et accessoirement de F. Nihous (1,15%).

Ce sont donc les électeurs UDF qui détiennent la clef du scrutin. En imaginant que F. Bayrou ait réussi son pari de constituer un centre véritablement indépendant et que ses sympathisants se partagent à part égale entre Royal et Sarkozy, ce dernier est assuré d’être élu le 6 mai.

Espérons pour lui que F. Bayrou saura savourer ces 15 jours qui font de lui l’arbitre de cette élection, avant que le vainqueur ne gouverne plus que pour son camp. Au final, les Français auront à choisir entre une gauche molle et une droite dure.

Quant à l’émergence d’un vrai parti du centre, F. Bayrou aura fort à faire pour confirmer son existence lors des législatives.