samedi 23 juin 2007

"Arrêt sur images" arrêté

On vient de me supprimer une de mes émission favorite: "Arrêt sur images" diffusée le dimanche midi sur France 5. Autant vous dire que je ne suis pas content ! D'autant que cette suppression fut décidée dans des conditions assez troubles. Pour vous en convaincre, allez donc visionner l'interview très instructive de Daniel Schneidermann sur le blog de Reporters sans frontière. Pour commencer, le principal intéressé, le présentateur lui-même, a appris la nouvelle par la presse dans un article en ligne du Point qui avait bénéficié de "fuites" organisées par la direction de France 5. Mais pour le journaliste, la décision émane clairement des plus hautes instances du groupe France Télévision et donc de Patrick de Carolis. A ce niveau, les sphères du pouvoir sont toutes proches et on peut se demander si cette suppression ne revêt pas un caractère politique. Depuis un sujet consacré à Béatrice Schonberg, présentatrice du JT de France 2 et épouse du ministre Jean-Louis Borloo, et des conflits d'intérêt qui pourraient résulter de cette situation (on peut en dire autant de Christine Ockrent désormais), l'ambiance de travail s'était considérablement dégradée, aux dires de Schneidermann. En outre, les chroniqueurs d'ASI décortiquaient régulièrement les discours des hommes politiques et notamment ceux du candidat Sarkozy. Serait-il brusquement devenu inconvenant de s'intéresser de trop près aux techniques de communication de la nouvelle équipe en place ? Y a t-il eu des pressions politiques pour mettre fin à cette émission devenue un peu trop impertinente pour une droite désormais décomplexée ? Impossible à dire, preuves à l'appui en tout cas... Disons simplement que cette décision a été officiellement annoncée après le second tour des présidentielles, lundi dernier, juste après le résultat des élections législatives… Quoi qu'il en soit, c'est bien dommage de voir disparaître "la seule émission de critique de la télé à la télé" qui décodait chaque semaine le traitement de l'actualité par le petit écran. Elle était pourtant plus nécessaire que jamais alors que les patrons de chaines ressemblent de plus en plus à des clients du pouvoir.

Une tribune de soutien a été publiée dans Libération et de nombreux internautes se mobilisent à travers les blog, les sites de Libération, de Marianne-en-ligne ou d'Acrimed. Si comme moi, vous étiez fan de cette émission, vous pouvez signer la pétition de soutien en ligne. Déjà plus de 70 000 signatures en une semaine, il y a là de quoi réfléchir…

mercredi 30 mai 2007

Le Louvre s'implante dans le nord

Loin des sables d'Abou Dhabi, mais beaucoup plus près de Paris, le musée du Louvre a un autre projet d'implantation, à Lens. Il s'agira cette fois-ci d'une véritable antenne du musée parisien et non d'un label concédé pour 30 ans.

Le projet de créer une antenne du Louvre en Région remonte à 2003. On se souvient que 6 villes du nord de la France se portèrent candidates. Et c'est le site qu'a proposé la ville de Lens qui rafla la mise: un ancien carreau de mine désaffecté depuis 1960. Les 20 ha disponibles rendaient possible la réalisation sans contrainte d'un bâtiment contemporain, comme le souhaitait le Louvre. En terme d'image, le Louvre est fier de montrer qu'il participe à la valorisation d'un territoire défavorisé. D'un point de vue économique, le Louvre-Lens espère bien attirer la clientèle anglaise, belge et néerlandaise grâce notamment au réseau d'autoroutes (A1, A26) et à sa gare TGV.




Ce nouveau musée sera très différent de son grand frère dans son concept. L'ambition affichée est de présenter les œuvres autrement afin d'aller à la rencontre de nouveaux publics. Il s'agira davantage d'un lieu d'expérimentation que d'un Louvre bis en petit. En effet, la marge d'innovation est très étroite dans les murs du vieux palais dont l'espace a été sacralisé par des générations de visiteurs. A Lens, les collections du Louvre seront présentées de façon temporaire et transversale. Les réserves seront visibles et visitables et le public pourra suivre les opérations de restauration. L'accent sera mis sur la médiation pour éduquer le regard du visiteur en s'appuyant sur les NTIC. Le musée du Louvre, en partenariat avec DNP est déjà largement impliqué dans ce genre d'expérimentation high-tech dans le cadre du projet Museum Lab.

Ce projet s'inscrit dans une politique de décentralisation des grands établissements culturels parisiens engagée en 2003. Le coût du projet est évalué à 127 millions d'euros, mais le Louvre n'aura pas à débourser le moindre centime ! En effet, 60% des frais sont pris en charge par la région, 20% par l'Union européenne, 10% par le département du Pas-de-Calais et 10% par la communauté de commune Lens-Liévin. Le Louvre, pour sa part, apporte son "expertise" mais surtout ses œuvres ! Le budget prévisionnel de fonctionnement est estimé à 12 millions d'euros pour un effectif de 120 à 150 agents.
En tout, le nouveau bâtiment occupera un espace de 28 000 m2 dont 4200 m2 d'exposition consacrés au Louvre et 1900 m2 à d'autres expositions temporaires. Le nouvel établissement sera également doté d'un grand auditorium, d'une médiathèque et d'un centre de ressources.

La maîtrise d'œuvre sera confiée à l'agence japonaise Sanaa qui a remporté le concours d’architecture. Parmi les réalisations de cette agence, on peut citer le Glass Pavilion du musées de Toledo aux Etats-Unis et le Musée d'art contemporain du 21ème siècle de Kanazawa.
La vidéo en ligne sur le site du Louvre-Lens promet un musée très éthéré ! Pour ma part, je ne le trouve pas du meilleur goût. J'ai bien peur que le bâtiment ne vieillisse mal et qu'il soit peu fonctionnel. Mais ce n'est qu'une impression. De toute façon, l'objectif voulu est de rendre tout visible, y compris les réserves. Alors...

L’antenne de Lens doit ouvrir ses portes en 2010. Pour patienter d’ici là, plusieurs évènements promotionnels sont programmés parmi lesquelles on peut citer :


- « La route du Louvre », un évènement sportif qui regroupe un marathon, une course de 10 km et une randonnée pédestre entre Lille et le nouveau site. La première édition a eu lieu en 2006 et a rassemblée 2800 participants. Le marathon est destiné à prendre de l’importance puisque l’édition 2007 sera qualificative pour les championnats de France.

- « Les Beffrois du Louvre », une série d’expositions qui s’inspire de l’opération « Les beffrois de la culture » conduite en 2004. Huit « beffrois » seront organisés, un pour chacun des départements du Louvre. Le premier aura lieu en automne 2007 à Louvroil, proche de Valenciennes, et présentera une oeuvre égyptienne.

samedi 26 mai 2007

En finir avec la théorie néo-classique

Vous avez peut-être déjà remarqué qu’une des raisons d’être de ce blog est de diffuser, d’expliquer et de soutenir les tentatives de déconstruction du modèle économique dominant. De démolir une fois pour toutes l’idée qu’il n’y a qu’une bonne façon de faire de l’économie. Tony Blair est le chantre de ce type de discours, répétant inlassablement qu’en économie, il y a ce qui marche et ce qui ne marche pas. Eh bien non, il a tort.

Par exemple, la production et la distribution d’électricité en France, ça marche bien. EDF est une entreprise en bonne santé, les infrastructures sont fiables, tout le monde a accès au réseau électrique, les prix pratiqués ne sont pas prohibitifs. Bref, c’est un service public de qualité qui répond à un besoin essentiel. Comme l’eau d’ailleurs mais j’en parlerai un autre jour. Pourtant, il semble que cela ne suffise pas. En juillet 2007, ce secteur sera privatisé. Au nom de quoi ? De la concurrence ? - ce qui suppose déjà qu’un système concurrentiel est par nature plus efficace qu’un service public - Pourtant, dans tous les pays où cette privatisation a eu lieu en Europe, les prix ont augmentés. Et je ne vous parle pas des pannes qui ont plongé à plusieurs reprises la Californie dans le noir...

Non, la majorité des choix qui sont faits par nos gouvernements sont d’ordre idéologique. Eh oui, les bonnes vieilles idéologies ont toujours le vent en poupe, elles qu’on croyait mortes depuis la chute du communisme en URSS. Elles sont pourtant nombreuses : créationnisme, évangélisme, néo-libéralisme, islamisme, socialisme du 21ème siècle en Amérique du sud... Non, décidément, les idéologies sont toujours là. Ce qu’il nous manque en fait, c’est une grande Utopie, - le communisme a joué ce rôle par le passé - , capable de contester et de faire évoluer le modèle dominant.

Pour cela, il est nécessaire de démontrer le plus clairement possible, contre la théorie néo-classique, que l’économie n’a rien d’une science exacte, que ses supposées « lois » (comme celle « de l’offre et de la demande ») n’existent pas. Tout au plus l’économie peut-elle revendiquer sa place aux cotés des autres sciences sociales, au premier rang desquelles figurent l’histoire, la sociologie et la psychologie.


Le Hors-série d’Alternatives économiques, actuellement en kiosque et consacré à l’histoire de la pensée économique y parvient tellement bien que je vous encourage à l’acheter. Je vous en proposerai d’ailleurs bientôt une vaste synthèse. Que les auteurs me pardonnent par avance les paraphrases que je ne manquerai pas de commettre, inévitables dans ce genre d’exercice.

Les Français, même cultivés, manquent cruellement de culture économique. Pour beaucoup, les seuls cours d’économie qu’ils ont suivi remontent à la classe de seconde. Pourtant, à longueur de journée, journalistes, banquiers, analystes financiers, hommes politiques, diffusés dans les médias de masse, nous assomment de chiffres et d’idées préconçues. Ce sont eux qui façonnent l’opinion alors qu’ils ne font le plus souvent qu’annoner un jargon économico-scientifique que personne ne comprend, à la manière du Docteur Diafoirus de Molière. Et pour cause, personne, ni les économistes du FMI ou de la BIRD, ni les hommes politiques ou les universitaires, ni les statisticiens ou les prix Nobel et encore moins Jacques Attali ou Alain Minc, n’est en mesure d’expliquer, de théoriser, de modéliser quelle forme prendrait la mise en place d’un système économique efficace. Tout simplement parce que les rapports d’échanges entre les êtres humains sont infiniment plus complexes à décrire que le système climatique planétaire et impossibles à mettre en équation. Sauf à faire de l’économie purement virtuelle, transcendante en quelque sorte, sans aucune prise avec le réel. De l’idéologie, donc.

Seule une vaste entreprise de déconstruction nous permettra d’imaginer, d’inventer et d’élaborer d’autres modes de développement, plus respectueux de l’être humain, des apports de chaque individu et, je l’espère, de la planète.

vendredi 25 mai 2007

La Tribune de l'art enfin accessible depuis les Emirats

"La Tribune de l'art", qui s'est montrée très critique envers l'opération du Louvre et des musées français à Abou Dhabi était censurée depuis au moins 4 mois dans les Emirats Arabes Unis. Bonne nouvelle, un correspondant du site actuellement à Abou Dhabi indique qu’il est désormais possible de le consulter. Il faut dire que maintenant que l'accord est signé, ça n'a plus guère d'importance. Mais je me demande encore la raison d'une telle démarche étant donné que tous les protagonistes de l'affaire ont été mis devant le fait accompli par le Quai d'Orsay et qu'il n'y avait vraiment aucun risque qu'un grain de sable vienne enrayer le projet...

mercredi 23 mai 2007

lundi 21 mai 2007

L'héritage de mai 68


Merci à Jan de m'avoir signalé ce dessin humoristique qui correspond parfaitement à ce que je pense de ce genre de déclarations démago. Salut à tous ! Ne vous laissez pas endormir et surtout gardez votre esprit critique !

samedi 19 mai 2007

Charité bien ordonnée...

Selon le Figaro, il existe en France 128 régimes spéciaux, aussi bien publics que privés. Parmi ceux qui en bénéficient, on trouve les employés d'EDF-GDF, de la SNCF ou de la RATP dont on parle beaucoup mais aussi les employés de l'Opéra de Paris, de la Comédie Française ou les marins-pêcheurs… dont on parle peu.

Et puis, il y a les régimes spéciaux dont on ne parle pas du tout. Ce sont pourtant les plus généreux de France ! Je pense bien entendu aux régimes spéciaux de nos chers élus qui servent le pays avec tant de désintéressement.

Pour s’y retrouver, il convient de distinguer le régime des parlementaires (députés et sénateurs, députés européens) de celui des élus locaux (maire, conseiller régional…), en gardant bien à l'esprit que les deux dispositifs peuvent se cumuler.

I. Le régime de retraite des parlementaires

Un député cotise double pendant les 15 premières années de mandat. Ce qui veut dire que 15 ans à l'Assemblée = 30 ans de cotisations. En cas de non-réélection, il dispose également d'une confortable allocation de retour à l'emploi.

Depuis peu, le droit à pension est désormais ouvert à l'âge de 60 ans (55 ans auparavant) pour les députés. Il est susceptible d'être ramené à 55 ans pour les anciens députés qui acceptent un abattement temporaire. Selon mes informations, celui des sénateurs est toujours à 53 ans.

Les députés et sénateurs issus du privé peuvent percevoir en plus la retraite de leur profession d'origine au prorata des années effectuées moins le temps de leur mandat. Ceux de la Fonction Publique sont doublement avantagés, puisqu'ils continuent, eux, de cotiser en même temps dans leur corps d'origine.

II. Le régime de retraite des élus locaux

Les élus locaux (qui peuvent aussi être des parlementaires) bénéficient d'un régime de retraite obligatoire auquel peut s'ajouter un régime complémentaire par capitalisation. L'un comme l'autre sont très avantageux.

1 : Le régime de retraite obligatoire

Tous les élus locaux qui perçoivent une indemnité de fonction peuvent bénéficier du régime de retraite, qu’ils aient une activité professionnelle ou non. Les élus sont obligatoirement affiliés à l’Ircantec, organisme géré par la Caisse des dépôts.

Les cotisations comprennent deux parts : l’une à la charge de l’élu, l’autre (plus importante) à la charge de la collectivité.

2 : Le régime de retraite complémentaire

Tous les élus qui perçoivent une indemnité de fonction peuvent cotiser à ce régime de retraite complémentaire, à l’exception de ceux qui sont affiliés à l’assurance vieillesse du régime général de la sécurité sociale au titre de leur mandat électif.

Ce dispositif facultatif est un régime de capitalisation par rente financée pour moitié par la collectivité territoriale.

Du coup, l’élu double son épargne grâce à l’apport obligatoire de sa collectivité et peut se constituer une épargne retraite individuelle, cumulable avec tout autre régime de retraite, sans limite d’age. Pour 1 euros versé, 2 sont épargnés. Le plafond maximum des taux de cotisations est fixé à 8 % pour la collectivité et à 8 % pour l’élu.
Chaque élu dispose donc d’un compte d’épargne retraite individuel constitué de ses cotisations et de celles de sa collectivité, augmentées, chaque année, des intérêts produits par les placements.

La loi autorise la rétroactivité des cotisations, avec un versement équivalent de la collectivité.

En cas de cumul de fonctions électives, il est possible de cotiser pour chacun des mandats.

En cas d’interruption de leur mandat, les élus peuvent poursuivre à titre personnel, des versements sur leur compte individuel d’épargne.

Chaque adhérent à la possibilité de demander le bénéfice de son droit à rente, dès 55 ans, sans minoration, même s’il exerce encore un mandat électif.

Cerise sur le gâteau, il n’a pas l’obligation, en fin de mandat, de demander le service de sa rente. Il peut en effet différer la liquidation de celle-ci et maintenir son capital acquis sur son compte individuel, lequel continuera à produire, chaque année, des intérêts capitalisés. Son capital sera ainsi intégralement transmis à ses héritiers, sans droit de succession. Du Sarkozy avant l’heure.

III. Le jackpot du "cumul"

Elus locaux et salariés relevant de l'Ircantec (exerçant une activité dans la Fonction Publique sans être fonctionnaire) cotisent sous deux régimes différents. En conséquence, il est possible de percevoir une retraite de salarié tout en continuant à exercer un mandat électif et réciproquement.

Bien entendu, d'autres pensions de retraites avantageuses peuvent s'ajouter lorsque l'on a occupé de hautes fonctions dans l'Etat: parlementaire, secrétaire d'Etat, ministre ou Président par exemple. C'est ainsi que Jacques Chirac, toutes pensions confondues, part à la retraite en touchant dans les 30 000 euros par mois.

Enfin, les pensions de retraites peuvent s'ajouter aux traitements (imposables) et aux indemnités (non-imposables) déjà conséquents des différents mandats électifs. Ce qui permet à certains élus de percevoir des sommes indécentes, au titre de ces nombreux régimes spéciaux, alors que ce sont les premiers à s’indigner au nom de l'équité du traitement « avantageux » de certaines catégories de Français !

Une consolation tout de même: cet article devrait faire naître de nombreuses vocations citoyennes...