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mardi 20 mai 2008

Yves Cochet, Pétrole Apocalypse, Fayard, 2005

« La hausse du cours des hydrocarbures ne sera pas un simple choc pétrolier, ce sera la fin du monde tel que nous le connaissons. »

Au vu du prix actuel du pétrole, c’est-à-dire très bon marché, cet été sera peut-être une des dernières occasions pour beaucoup de s’offrir un voyage sur un long courrier. Personnellement, j’ai réservé un circuit en Egypte pour le mois de septembre, et il m’en a déjà coûté une surtaxe « carburant » de 51 euros sur le prix initial. Bien entendu, le vendeur m’a prévenu, ce n’est qu’un acompte. Qui sait à combien sera le baril d’ici septembre…


Cette situation ne me surprend guère. La lecture du livre d’Yves Cochet –publié en 2005, une éternité !- m’avait déjà sensibilisé sur l’imminence de la crise pétrolière dont la situation actuelle n’offre qu’un léger avant-goût. Les marins-pêcheurs, les Tour Operators, les taxis, les routiers ont vraiment beaucoup de souci à se faire... Mais après eux, ce sera à la société toute entière de trinquer à son tour. Car le fondement même de notre civilisation – et de la mondialisation – repose sur un pétrole bon marché. C’est cette page de l’histoire du monde qui est en train d’être tournée. Nous rentrons dans l’ère du pétrole cher, voir très cher. Et c’est un choc sans précédent, surtout si on l’additionne aux autres chocs à venir, climatique et démographique…


Voici ce qu’écrit Yves Cochet en 2005 :
« Une simple poursuite de la tendance à la hausse observable depuis 2002 entraînerait un cours du baril à 100 dollars en 2008 (nous sommes déjà à 120 !), à 200 dollars en 2011. Et à 300 dollars en 2015 (…). »

Pour Yves Cochet, cela ne fait aucun doute: nous sommes devant l’imminence du « Peak Oil » ou « Pic de Hubbert », c’est-à-dire le moment fatidique à partir duquel la production mondiale de pétrole commencera à décroître inexorablement, entraînant un bouleversement sans précédent de notre mode de vie car il n’existe à l’heure actuelle aucune alternative énergétique. Sans compter que changer prend du temps. Ce choc imminent marquera la fin de l’ère du pétrole bon marché, une période qui aura duré 150 ans. Yves Cochet place ce pic très tôt, d’ici à 2 ans seulement, en 2010… Qu’il ait tort ou raison sur la date exacte, il y a urgence à mobiliser nos sociétés sur cette problématique.


Car les conséquences seront désastreuses pour l’Humanité : décroissance de la mobilité des humains et des choses, hausse sans précédent des prix des denrées alimentaires, famines, guerres énergétiques (songez à l’Irak et au Darfour)…


Pour retarder et atténuer ce choc, le remède
est à la fois simple et utopique : sobriété et décroissance de la consommation et des échanges pour économiser le pétrole encore disponible de manière à nous laisser le temps de bâtir les sociétés de basse consommation énergétique de demain. Mais quel dirigeant pourrait se permettre de tenir un tel discours alors que tous nous vendent encore la mondialisation comme une chance pour la planète ? Autant dire que la catastrophe est inévitable…

« Le slogan qui résume la philosophie des transports actuels est : Plus vite, plus loin, plus souvent et moins cher. Dans moins de quinze ans, il sera nécessairement : Moins vite, moins loin, moins souvent, et plus cher. »

jeudi 31 janvier 2008

Peter Menzel, « Hungry planet », what the world eat , 2005

L’emploi ad nauseam d’expressions comme « mondialisation » ou « village global » nous ferait presque oublier qu’il existe toujours d’immenses disparités planétaires qui ne sont pas prêtes d’être comblées ! C’est ce que nous rappelle à sa manière le photographe Peter Menzel en braquant son objectif sur les pratiques alimentaires de nos contemporains aux quatre coins du monde. En tout, 30 familles visitées dans 24 pays différents. Le principe est simple : chaque famille est photographiée devant la nourriture qu’elle consomme en une semaine. La légende stipule la dépense que cela représente en dollars US. On mesure ainsi du premier coup d’œil à quel point les différences économiques sont aussi grandes que les différences culturelles. Mais aussi que l'humanité oscille décidement entre pénurie et malbouffe...


Allemagne, Famille Melander de Bargteheide, 375.39 Euros ou 500.07 $ / semaine


Etats-Unis, Famille Revis de Caroline du nord, 341.98 $ / semaine


Grande-Bretagne, Famille Bainton de Cllingbourne Ducis, 155.54 £ ou 253.15 $ /semaine


Egypte, Famille Ahmed du Caire, 387.85 livres égyptiennes ou 68.53 $


Chine, Famille Cui du village Weitaiwu, 57,27 $ /semaine


Equateur, Famille Ayme de Tingo, 31.55 $ / semaine


Tchad, Famille Aboubakar, réfugiés du Darfour, 685 Francs CFA ou 1.23$ / semaine


D’autres clichés sont à découvrir sur le site de Peter Menzel ou du Time. Vous pouvez également télécharger ce powerpoint qui circule sur le net.

mardi 29 janvier 2008

Serge Halimi, « Le grand bond en arrière », fayard, 2006

« Nous avons connu d’autres ambitions collectives que celle de punir les pauvres, d’autres définitions de la liberté que celle de choisir entre deux marques de produit. Cette utopie-là vaut bien celle des autres. Et c’est aussi grâce à elle que nous savons que nous ne sommes pas condamnés à vivre dans le monde où nous vivons. »

Si vous avez voté « Sarkozy » avec enthousiasme lors des dernières élections ou si vous pensez qu’il « invente » des solutions originales pour redresser le pays, passez votre chemin, ce livre n’est pas pour vous. Car si par malheur, vous y comprenez quelque chose, tous les confessionnaux du monde ne vous seront d’aucun secours. Pour tous les autres, ceux pour qui des mots comme « justice sociale » ou « solidarité » ont encore un sens mais qui ne comprennent plus la marche du monde et qui ne savent pas comment on a pu en arriver là –je sais que vous êtes nombreux- prenez le temps de lire ce livre. A défaut de pouvoir changer le monde, vous aurez au moins la satisfaction de savoir comment « l’ordre néolibéral » s’est largement imposé à nos sociétés en ce début de 21ème siècle : Pourquoi Lionel Jospin a t-il privatisé plus d’entreprises qu’aucun autre Premier Ministre en France ? Pourquoi les réformes les plus dures en Allemagne ont-elles été réalisées par les sociaux-démocrates ? Comment le socialiste français Pascal Lamy a-t-il pu diriger l’OMC, l’organisation mondiale la plus libérale qui soit ? Du coup, vous comprendrez aussi pourquoi des hommes « de gauche » apportent leur « crédit » au gouvernement de Sarkozy ou comment Dominique Strauss-Khan a pu être nommé à la tête du FMI avec la bénédiction du petit Nicolas. Sans oublier comment un traité constitutionnel pourtant rejeté par referendum est en passe d’être ratifié dans l’indifférence générale... Ce qu’il y a de formidable dans ce livre, c’est qu’il donne toutes les clefs nécessaires pour comprendre les mutations récentes de nos sociétés occidentales, toujours plus consuméristes, affairistes et d’une certaines manière autodestructrices.


Plus qu’un essai militant, Serge Halimi (1) a réalisé un véritable travail d’historien et nous livre ici un ouvrage très documenté. Ce pavé de 600 pages (vous êtes prévenus !) est l’histoire d’une trahison, celle de nos élites et de leur conversion au néolibéralisme. Elles ont réussi l’exploit (en une trentaine d’années tout de même) d’abattre l’ancien ordre keynésien et surtout de faire passer l’idéologie d’une classe (la leur, la classe possédante) pour le sens commun en organisant minutieusement l’impuissance publique. En un sens, la mondialisation est largement le résultat de cette gigantesque machination qui aboutit à la subordination (la soumission ?) de tous aux seuls intérêts des détenteurs de capitaux – cette surclasse mondiale qui considère le droit du travail comme une entrave à la liberté, l’éducation et la santé comme des dépenses inutiles.

« Très tôt, les think tanks néolibéraux ont consacré temps et énergie à la déréglementation des télécommunications. Eux voyaient loin. La structuration de l’information autour d’oligopoles privés gouvernés par leurs actionnaires allait accélérer la privatisation de la société tout entière. (…) L’information, comme la culture ou l’éducation, n’est qu’un produit vendu à des consommateurs sur un marché dans une optique de profit. Et la puissance de l’entreprise reflète l’appréciation du client. C’est ce que Thomas Frank appelle le « populisme de marché », cet étrange élixir qui permet à la droite américaine de stigmatiser comme « élitiste », voire antidémocratique, quiconque s’oppose à une multinationale, puisque la puissance de l’entreprise proviendrait des arbitrages du peuple en sa faveur. »


La démonstration de Serge Halimi est magistrale. Elle décortique les rouages de cette impitoyable machine de guerre idéologique - les stratégies, les moyens mis en oeuvre, les victoires. A la fin, on se sent faible et démuni face à un tel pouvoir. Et pourtant, nous devons garder espoir car il n’existe aucune loi naturelle qui régisse l’évolution des sociétés humaines, quoi qu’en disent les économistes. Il n’existe que des valeurs que nous décidons de défendre ou de renier. Le New Deal, le Front Populaire ou le Conseil National de la Résistance furent des périodes lumineuses. Aujourd’hui, le ciel s’est assombri. Mais gardons ceci en tête : tôt ou tard, même les ténèbres doivent passer... Les révolutions sont faites pour ça. Elles commencent dans les esprits. Aux livres, Citoyens !


Je n’ai qu’un conseil à vous donner : apprenez à penser contre les marchés (pensez au scandale de la Société Générale). C’est la clef. Les moins courageux trouveront ici une interview de Serge Halimi qui reprend les grandes lignes de son livre.


(1) Docteur en sciences politiques, Serge Halimi est journaliste au Monde diplomatique.

jeudi 24 janvier 2008

"Le principe de Peter", Poche

Ce bouquin a beau dater de 1969, il n'a pas pris une ride. Il constitue toujours une excellente introduction à la « hiérarchologie », la science qui étudie la diffusion de l'incompétence dans une hiérarchie. L'énoncé du principe de Peter est simple : « Tout employé tend à s’élever à son niveau d'incompétence »… et à s’y maintenir ! Le corollaire de Peter précise en toute logique, qu’ « avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d’en assumer la responsabilité ».

A la lumière de ce principe, vous ne verrez plus votre chef de service ou vos collègues de bureau
de la même manière. Vous serez désormais à même de repérer du premier coup d’œil l’employé victime du syndrome du dernier poste et vous découvrirez peut-être les joies de l’incompétence créatrice, seule garante de l’épanouissement au travail. Véritable guide de survie en milieu hiérarchique, j’en conseille la lecture à tous, que vous travailliez en entreprise ou dans l’administration. Vous comprendrez pourquoi votre chef, un incompétent notoire, a pu s’élever aussi haut dans la hiérarchie de votre boîte. Ainsi parviendrez-vous peut-être à éviter l’ultime promotion qui vous élèvera fatalement à votre tour, à votre niveau d’incompétence…

mardi 18 septembre 2007

Terry Pratchett, « La science du Disque-Monde », L’Atalante, 2007 (pour la traduction française)

Il y a les petites questions, les questions moyennes et les grandes questions. Ensuite, il y a les questions plus grandes encore, les questions immenses, et les questions si vastes qu’il est même difficile d’imaginer quel type de réponse constituerait une solution.

En général, les petites questions se reconnaissent aisément : elles ont l’air atrocement compliquées. Comme : « Quelle est la structure moléculaire de l’isomère L du glucose ? » A mesure qu’elles grossissent, leur formulation se simplifie de façon trompeuse : « Pourquoi le ciel est-il bleu ? » Les interrogations vraiment immenses sont si enfantines qu’il paraît ahurissant que la science n’ait pas la première idée de la réponse : « Pourquoi l’univers ne marche-t-il pas à l’envers ? » ou « Pourquoi le rouge est-il rouge ? »

Imaginez un monde plat et circulaire, porté par quatre éléphants juchés sur une gigantesque tortue qui parcoure le cosmos, un monde régi par la magie, qui fonctionne au narrativium –une substance bigrement puissante-, et vous obtenez un univers parfaitement cohérent où vivent des gens « qui possèdent un solide bagage de bon sens, un des ennemis naturels de la science ».

C’est sur ce Disque-Monde que les mages de la prestigieuse Université de l’Invisible vont prendre part à une expérience tout à fait insolite, la création d’un monde courbe, dénué de narrativium, où la magie n’a pas cours, et où les choses semblent se produire « parce qu’elles le veulent » ! Bref, un univers insensé qui obéit à des « règles » et où « les souhaits des gens n’interviennent guère dans la marche des évènements ».

A travers leur omniscope, les mages incrédules décident de scruter le développement complètement absurde de ce Globe-Monde, la Terre...

Ce livre se situe en marge des « Annales du Disque-Monde », une suite de romans parodiques de Fantasy. Il alterne récit et vulgarisation scientifique de très bonne tenue sur un ton décalé et humoristique.

« - Vous savez, ce programme nous en apprend certainement beaucoup, dit Ridculle. Mais surtout qu’on doit être reconnaissants de vivre sur un monde normal. »

Les chapitres scientifiques, rédigés par Ian Stewart (mathématicien) et Jack Cohen (biologiste), nous parlent de physique des particules et de mécanique quantique, de l’origine de l’univers et de la relativité, de l’apparition du vivant, de l’ADN et de l’évolution des espèces, des grandes extinctions et des dinosaures, de l’homme, du cerveau et de l’esprit jusqu’aux défis que posent l’exploration spatiale...

L’occasion pour tout un chacun de faire le point sur les connaissances les plus actuelles dans de nombreux domaines et de dissiper (selon l’expression des auteurs) un bon nombre de « mensonges pour enfants » qui perdurent souvent à l’âge adulte.

mardi 8 mai 2007

Bernard Maris, « Antimanuel d’économie, Tome I, Les fourmis », Bréal

Si vos derniers souvenirs d’économie remontent à la classe de seconde, ce livre est pour vous ! Abordable et très structuré, il constitue un outil précieux pour décrypter le langage des apôtres de la guerre économique. A première vue, son titre comme sa dédicace laisse présager un écrit peu conformiste :

« A l’économiste inconnu, mort pour la guerre économique, qui toute sa vie expliqua magnifiquement le lendemain pourquoi il s’était trompé la veille, à tous ceux, bien vivants, qui savourent le mot gratuité. »

Pourtant, dans cet ouvrage magnifiquement illustré, Bernard Maris en revient aux fondamentaux de la théorie économique et nous propose une mise en perspective, pertinente et instructive, de deux siècles de pensée économique. Chaque chapitre se clôt par des extraits de textes : d’économistes bien sûr (Keynes, Ricardo, Stiglitz...) de philosophes (Montesquieu, Heidegger, Baudrillard,...), mais aussi de romanciers (Maupassant, Zola, Orwell...).

Ce premier tome raconte la rareté et le partage. C’est celui des fourmis, égoïstes et calculatrices qui constituent « la partie émergée de l’iceberg économique ». Il décrit un monde dominé par les marchands. Il aborde de façon lumineuse des notions fondamentales comme celles de marché, de libre-échange, de concurrence ou de croissance et apporte un nouvel éclairage sur les questions essentielles que pose l’économie : Qu’est-ce que la valeur ? La richesse ? Le partage ? Il bouscule également des idées reçus et démontre, par exemple, pourquoi la coopération est plus efficace que la concurrence.

Manifestement, Bernard Maris refuse de laisser aux statisticiens et aux experts autoproclamés le monopole du discours économique. Car on ne peut mesurer que le quantifiable. Dans ces conditions, « l’esperanto économique est-il le jargon d’une science dure, le sabir d’une science molle, ou le cache-misère d’une science nulle ? »


Introduction : Faut-il rire des économistes ?

Partie I : Principes de scolastique économique
1. Science dure, science molle ou science nulle ?
2. La politique dans l’économie
3. Le langage du pouvoir

Partie II : La guerre économique
4. Marchés et concurrence
5. Mondialisation et commerce international
6. Enron et les sept familles

Partie III : Le nerf de la guerre
7. L’argent
8. La Bourse et les marchés financiers

Partie IV : Le butin
9. Le partage
10. Qu’est-ce que la richesse ?
11. L’autre économie

Conclusion : Eloge de la gratuité


Le second tome de cet « Antimanuel » consacrera la revanche des cigales et nous entraînera dans une réflexion aux frontières et au-delà de l’économie.

samedi 14 avril 2007

Joseph E. Stiglitz, « La grande désillusion », Poche

C’est le livre qu’il faut lire pour comprendre les évolutions les plus récentes de l’histoire économique contemporaine. Il permet de s’extraire de la pensée dominante, de passer de l’autre côté du miroir pour découvrir l’envers du décor du théâtre global et de comprendre pourquoi la mondialisation n’est pas aussi heureuse qu’on nous le promet. Une véritable bible des temps modernes qui décrypte les conséquences engendrées par les nouvelles règles du jeu économique mondial, telles qu'elles ont été édictées dans le "consensus de Washington". Un livre fondateur, d’autant plus qu’il vient d’une personne du sérail.

Car qui est J. Stiglitz ? Ce n’est certainement pas un gauchiste anticapitaliste mais l’un des principaux représentants du courant des nouveaux keynésiens. Ancien conseiller de Bill Clinton (1993-1997) puis économiste en chef à la Banque mondiale (1997-2000), il reçoit le prix Nobel d’économie en 2001. On lui doit le «paradoxe de Stiglitz», qui démontre en substance « que le marché laissé à lui-même ne peut améliorer son fonctionnement » (1).

Que nous dit Stiglitz ? Que le FMI, véritable pompier-pyromane, impose des politiques qui détruisent les agricultures des pays émergents en les mettant en concurrence avec les produits subventionnés du Nord. Qu’il fait passer les intérêts de son principal actionnaire, les Etats-Unis avant ceux des pays qu’il est censé aider. Que les fonds consentis servent surtout à renflouer les créanciers que sont les grandes banques internationales, aider les riches du pays à faire fuir leurs capitaux et à enrichir les mafias. Que la libéralisation brutale des marchés de capitaux est très dangereuse car elle déstructure les économies et conduit à la crise. Que les pays qui s’en sortent, sont justement, la Chine en tête, ceux qui ont refusé les plans du FMI et ont su gérer leur transition étape par étape. Bref, que les institutions internationales font désormais partie du problème et non de la solution.

Il témoigne : « Quand je suis passé à l’international, j’ai découvert que la prise de décision (...) était fondée, semblait-il, sur un curieux mélange d’idéologie et de mauvaise économie, un dogme qui parfois dissimulait à peine des intérêts privés ». Du coup le constat est peu glorieux : pour la majorité de la population de la planète, les choses stagnent ou déclinent en matière de qualité de la vie.

Le FMI a pourtant été créé pour prévenir et guérir les crises financières. Mais en échange de ses prêts, il impose aux pays concernés des politiques de « réformes structurelles ». Ces « réformes » sont en fait la mise en place de politiques d’austérité, l’ouverture des pays émergents à l’investissement étranger et leur subordination à la mondialisation dominées par les multinationales. J. Stiglitz revient d’ailleurs largement sur le cas russe et décrit avec une précision chirurgicale les causes qui ont conduit, dans les années 1997-1998, les pays asiatiques à la crise, entraînant dans leur sillage la Russie et l’Amérique latine.

Au final, J. Stiglitz fait ce diagnostic accablant : « Aujourd’hui la mondialisation, ça ne marche pas. Ça ne marche pas pour les pauvres du monde. Ça ne marche pas pour l’environnement. Ça ne marche pas pour la stabilité de l’économie mondiale ».

Il tempère tout de même son propos en ajoutant : « Le problème n’est pas la mondialisation. C’est la façon dont elle a été gérée. En particulier par les institutions économiques internationales, le FMI, la Banque mondiale et l’OMC qui contribuent à fixer les règles du jeu. Elles l’ont fait trop souvent en fonction des intérêts des pays industriels avancés (et d’intérêts privés en leur sein) et non de ceux du monde en développement ».

Pour sortir de cette impasse, il prône une philosophie économique qui envisage l’Etat et les marchés dans un rapport de complémentarité et préconise la réforme urgente des politiques économiques internationales trop souvent au service des lobbys des pays du Nord.

Cette « grande désillusion » se poursuit dans un second volet, « Quand le capitalisme perd la tête », publié en 2003.


(1) in Bernard Maris, « Lettre ouverte aux gourous qui nous prennent pour des imbéciles », Seuil

mardi 3 avril 2007

Bernard Maris, "Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles", Seuil

« Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. » (1)

La citation est légèrement tronquée pour bien faire ressortir la teneur abjecte du propos. Bernard Maris (2) la reprend dès la préface de l’édition de 2003 pour donner le ton de son ouvrage. On la doit à Lawrence Summers qui fut secrétaire d'Etat au Trésor des Etats-Unis de 1999 à 2001 puis président de Harvard de 2001 à 2006.

Si la science économique sert à débiter des âneries pareils, il n’est pas étonnant que beaucoup la rejettent. Bernard Maris s’en prend ici aux « gourous » de toutes sortes (les « experts » du FMI ou de la Banque mondiale, les conseillers politiques, les analystes financiers et autres journalistes économiques) qui s’accaparent et détournent le discours économique. Il charge à boulets rouges contre la pensée unique contemporaine et reproche aux vrais économistes (prix Nobel, professeurs, chercheurs ou savants) de se taire. De ne pas dire « que la théorie économique contemporaine a pulvérisé le libéralisme ».

Vous l’aurez compris, Bernard Maris (« Oncle Bernard » pour les lecteurs de Charlie-Hebdo) n’y va pas avec le dos de la cuillère ! Une lecture revigorante mais dont on sort étourdi. Car mieux vaut avoir une solide culture économique pour lire avec profit ce pamphlet vitriolé qui cite 3 prix Nobel par page. Le simple curieux lira avec plus de bénéfices, je pense, l’excellent « Antimanuel d’économie, Tome 1 », du même auteur, plus abordable et très structuré dont je ferai prochainement le commentaire.

(1) Extraits cités par The Economist, 08/02/92, The Financial Times, 10/02/92, reproduits dans Courrier International, n°68, 20/02/92 et par Le Monde, 19/05/92. (Note de l’auteur).
(2) Bernard Maris est agrégé et docteur en économie

jeudi 29 mars 2007

Luc Ferry, "Apprendre à vivre", Plon

Quoi qu'on pense de cet ancien ministre de l'éducation nationale, ce livre est remarquable par la qualité pédagogique dont il fait preuve. Je le conseille particulièrement à tous les lycéens de Première qui entrent en Terminale et qui veulent s'initier rapidement aux grandes étapes de la réflexion philosophique. Je regrette juste que la question du marxisme soit évacuée d'un revers de plume. Mais c'est compréhensible, M. Ferry reste avant tout un penseur de droite.